Après cette pause, pour recharger les batteries et vadrouiller à droite à gauche, me voici de retour sur ce blog que j'alimente de plus en plus en pointillés. Oui, je sais, je suis une feignasse congénitale ;-)

Il serait trop long de détailler mes péripéties, qui n'intéresseraient d'ailleurs personne ;-) mais le clou de ces deux semaines fut quand même la surprise que m'a faite Chéri-Chéri en m'enlevant 2 jours pour m'emmener dans la verte et m'offrir une chambre dans l'ancienne abbaye école de Sorèze (sud-ouest du Tarn) transformée, en partie, en hôtel 5 étoiles. Oui, rien que ça !!! Se mouche pas du coude mon homme à moi ;-)

Pour plus de renseignements vous pouvez aller voir ICI.

Ce ravissant village de Sorèze est situé à 25 kms de Castres au pied de la Montagne Noire, dans le triangle Albi-Toulouse-Carcassonne. Sa naissance reste indissociable de celle de l'abbaye bénédictine, fondée à l'époque carolingienne en 754. Sorèze vient du nom latin "Suricinus" qui signifie le "petit Sor" du nom du ruisseau qui y coule (dénommé aujourd'hui Orival). L'histoire de Sorèze commence donc avec la fondation de l'abbaye Sainte-Marie de la Sagne par le roi Pépin le Bref. Le village et l'abbaye (qui changera de nom pour devenir Notre-Dame de la Paix) ne seront guère épargnés par les multiples guerres et invasions barbares mais tiendront et enrichiront leurs possessions et leur patrimoine jusqu'aux fatidiques guerres de religions du XVIème siècle entre protestants et catholiques. L'abbaye est alors totalement démolie ; ses chartes et ses archives, les reliques, titres et de nombreux document sont brûlés ; les biens et possessions diverses du monastère sont pillés. La nef de l'église paroissiale Saint-Martin est également incendiée. Seul en subsiste, de nos jours, le clocher appelé aussi "tour Saint-Martin". La voici :

Tour St Martin

Il faut attendre la fin des guerres de religion pour voir s'ériger une nouvelle abbaye. La première pierre de l'église abbatiale est solennellement posée le 26 mai 1638. Quatre ans plus tard, grâce au travail acharné des bénédictins de la congrégation de Saint Maur, venus de Paris, l'abbaye est entièrement reconstruite.

C'est en 1682 qu'est créée l'Ecole de Sorèze, pour rivaliser et tenter d'éclipser l'Académie protestante de Puylaurens, située à quelques kilomètres. L'enseignement de la vingtaine d'élèves qui arrive est gratuit. L'établissement acquiert très vite une grande renommée par son enseignement résolument moderne et novateur qui en fait une véritable "école des métiers" où les élèves peuvent éventuellement choisir leurs matières en fonction de leurs capacités intellectuelles et de leur future carrière. 

Le titre d'Ecole Royale Militaire lui est décerné par Louis XVI en 1776 avec d'autres écoles célèbres telles que celles de La Flèche ou de Brienne. L'enseignement devient alors plus militaire et physique avec une très grande place accordée au sport. Cet enseignement très complet attire des élèves de la France entière mais également des Amériques et de l'Europe.

Mais la Révolution chasse les bénédictins qui refusent de prêter serment. Les Ecoles Royales Militaires sont supprimées par la Convention et l'école de Sorèze est mise en vente. Rachetée par le directeur de l'époque, religieux qui a prêté serment avec quelques autres, elle devient alors un établissement privé. La qualité de son enseignement ainsi que sa réputation sont maintenues jusqu'à son déclin à partir de 1830.

Une période sombre s'ouvre pour l'école, qui dure jusqu'en 1854. L'assemblée générale d'actionnaires décide alors de transmettre l'école au père Lacordaire, religieux dominicain célèbre pour ses prêches à Notre-Dame de Paris, son passé politique et sa conception de la "doctrine sociale de l'Eglise" et qui s'est tourné vers l'éducation de la jeunesse. Il redresse durablement l'école, à laquelle il consacre le reste de sa vie, puisqu'il y mourra en 1861.

La succession s'avère difficile. De grands éducateurs dominicains maintiennent la qualité et la réputation de l'école jusqu'en 1914. Mais les persécutions religieuses, les modifications économiques et financières, les religieux qui deviennent âgés et de plus en plus rares, pèsent sur le fonctionnement de l'école. En 1940, l'Ecole de Saint-Cyr se replie à Sorèze et, après la guerre, l'école continue son oeuvre dans le cadre de l'enseignement privé associé à l'Etat.

En 1978, en raison de la raréfaction des vocations et de l'immensité de la tâche que constituent 3 hectares de toitures et de bâtiments à restaurer, l'ordre dominicain passe la main à un groupe de laïcs désireux de continuer la belle aventure de l'Ecole de Sorèze. Ce groupe, composé d'anciens élèves, d'enseignants et de notables locaux, tente, en vain, de maintenir la flamme. En effet, en 1991, l'école ferme ses portes sur un passé prestigieux en laissant un patrimoine historique exceptionnel et un ensemble architectural monumental qui fera la joie des promoteurs.

Dès que vous êtes au coeur du village, vous êtes réellement saisis par l'atmosphère comme on le voit avec cette perspective de l'ancien clocher Saint-Martin, depuis une des rues de Sorèze, au milieu des maisons à colombages.

Rue de Sorèze

L'arrivée sur l'entrée de l'hôtel, qui occupe la partie de l'ancienne abbaye école constituée autrefois par le "logis des pères", est assez inattendue. Elle est en effet située tout au fond d'une ruelle encaissée qu'il vaut mieux ne pas aborder avec une voiture trop longue et trop large. Mais une fois sur place, on est submergé par la majesté de l'endroit.

Entrée hôtel

Entrée et cour hôtel (1)

Entrée et cour hôtel (2)

Entrée et cour hôtel (3)

Statue du père Lacordaire

Je vous l'avais dit, l'amour de ma vie ne s'est pas payé ma physionomie, la preuve avec les photos qui vont suivre. Pour autant, la restauration s'est effectuée dans le respect des lieux et en conservant ce qui faisait l'âme architecturale de l'école. Pas de clinquant, de dorures ou de moquettes coûteuses. Les carrelages et tomettes d'origine ont été conservés et les meubles sont d'honnête facture industrielle mais ne sortent pas non plus de chez l'antiquaire du coin.

Chambre (1)

Chambre (2)

Chambre (3)

Chambre (4)

Chambre (5)

Chambre (6)

Chambre (7)

Dans cette école sont passés nombre de personnages célèbres tels le grand marin Lapérouse ou encore Henri de La Rochejaquelein, généralissime des armées catholiques et royales durant la Révolution, ou, plus près de nous, l'écrivain/homme politique/enfant du pays Jean Mistler, les chanteurs Hugues Aufray et Claude Nougaro, les frères Bogdanoff et l'animateur Julien Lepers.

Si la visite vous a plu, je vous montrerai d'autres photos, lors d'un prochain billet, histoire ne ne pas trop lasser, celui-ci étant déjà bien conséquent.

Mais je ne terminerai pas sans mettre mon ciel du lundi, que je reprends avec plaisir pour Chat-Bleu et Arlette. Il fait gris et il pleut et j'ai tenté de biaiser en enjolivant avec l'arbre de Judée en fleurs. 

Ciel du lundi 27 av

 Bienvenue à ma nouvelle, ou mon nouvel abonné, de Lyon et à très bientôt.